Un crowfunding est en cours afin de financer la production des zaps pour 2024
A crowdfunding is under way to finance Zaps production for 2024

Zap 295

L'invention du luxe à la française | The invention of French luxury
FRÀ la veille de la Révolution française, toute l'Europe accourt dans la capitale du luxe pour s’approvisionner en draps fins, porcelaines de Sèvres, miroirs de Saint-Gobain, soieries lyonnaises, dentelles d’Alençon et autres témoignages éclatants d'un savoir-faire admiré dans toutes les cours du continent. Plus de deux siècles plus tard, la France reste un symbole international du luxe, entre haute couture, cosmétiques et grands vins, mais on a oublié qu’elle le doit à l’ambition de Louis XIV et à la vision de son ministre Colbert, qui ont créé de toutes pièces un appareil industriel sophistiqué pour se lancer à la conquête des marchés. Car en 1665, le royaume est exsangue. Le budget militaire assèche des finances déjà mises à mal par une sévère crise économique. Alors qu'il devient indispensable de créer des emplois, la France importe deux fois plus qu’elle n’exporte. De la Chine à Venise en passant par les Pays-Bas, chaque contrée garde précieusement le secret de sa spécialité. Face à ces difficultés, le Roi-Soleil innove résolument, en choisissant de développer des industries d’exception. Fer de lance de la politique mercantiliste du gouvernement, le luxe se développe à travers les manufactures royales grâce à l’innovation technique et scientifique et à de nouvelles formes de savoir-faire et de travail. Mais son essor repose aussi sur des méthodes moins avouables : espionnage industriel, débauchage systématique et, au besoin, rapt pur et simple...
ENIf France symbolizes luxury on the international market, it owes it to Louis XIV and his minister Colbert. A fascinating look back at more than a century of scientific and technical innovation, but also of industrial espionage.

On the eve of the French Revolution, all of Europe flocked to the luxury capital to stock up on fine linens, Sèvres porcelain, Saint-Gobain mirrors, Lyon silks, Alençon lace and other dazzling testimonies of a know-how admired in all the courts of the continent. More than two centuries later, France remains an international symbol of luxury, between haute couture, cosmetics and great wines, but we have forgotten that it owes it to the ambition of Louis XIV and the vision of his minister Colbert, who have created from scratch a sophisticated industrial apparatus to set out to conquer markets. Because in 1665, the kingdom was bloodless. The military budget is drying up finances already strained by a severe economic crisis. While it is becoming essential to create jobs, France imports twice as much as it exports. From China to Venice via the Netherlands, each region carefully guards the secret of its specialty. Faced with these difficulties, the Sun King resolutely innovates, choosing to develop exceptional industries. Spearheading the mercantilist policy of the government, luxury developed through the royal factories thanks to technical and scientific innovation and new forms of know-how and work. But its rise is also based on less avowed methods: industrial espionage, systematic poaching and, if necessary, pure and simple kidnapping.